L’appel des 108 célébrités à Emmanuel Macron pour sauver l’hôpital

Des stars, qui ont été confrontées à l’hôpital, soutiennent des patients anonymes, excédés par les carences du système, et adressent une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour lui demander un plan d’urgence. Un appel inédit que nous dévoilons.

 Charlotte Gainsbourg, Véronique Sanson, Florence Foresti, Clara Luciani, Pierre Arditi, Lomepal, Valérie Bonneton et Vincent Lindon font partie des signataires.
Charlotte Gainsbourg, Véronique Sanson, Florence Foresti, Clara Luciani, Pierre Arditi, Lomepal, Valérie Bonneton et Vincent Lindon font partie des signataires. LP/Frédéric Dugit et Olivier Corsan; Panoramic/Stéphane Allaman; AFP/Ludovic Marin; Getty Images/Pascal Le Segretain; Cyril Entzmann

Par Aline Gérard et Elsa MariLe 1 octobre 2019 à 19h45, modifié le 2 octobre 2019 à 18h52

SOS Monsieur le Président. Comédiens, humoristes, réalisateurs, chanteurs, écrivains… Ils sont 108 célébrités à apostropher Emmanuel Macron dans nos colonnes. L’hôpital public craque. Et maintes fois pourtant, il leur a porté secours.

Dans une lettre ouverte inédite que nous publions (bientôt disponible sur le site de pétitions Change.org ), Véronique Sanson, Florence Foresti, Charlotte Gainsbourg, Vincent Lindon, Thomas Piketty, Clara Luciani et tant d’autres mêlent leur nom à ceux d’une quarantaine de représentants de patients en France en soutien aux blouses blanches au bord de la crise de nerfs. (Lire ci-dessous la liste des signataires)PUBLICITÉ

inRead invented by Teads

La lettre adressée à Emmanuel Macron

M. le Président de la République Française

Palais de l’Elysée

55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris

« Monsieur le Président,

Le Grand débat que vous avez organisé a réclamé « plus de service public ». Il a mis au premier rang la Santé et l’Hôpital public.

Pourtant la situation sur le terrain est devenue réellement intenable : les difficultés d’accès aux soins s’accroissent, la qualité et la sécurité des soins se dégradent et nous observons l’épuisement et l’inquiétude des personnels hospitaliers.

Ces difficultés, les usagers de l’hôpital public les constatent tous les jours et en parlent dans les courriers qu’ils adressent aux directions hospitalières.

Des drames se produisent, touchant toutes les catégories professionnelles de l’hôpital mais également les patients. Ces pertes de chance liées au manque de moyens sont inacceptables. On ne peut plus, vous ne pouvez plus attendre de nouveaux drames pour mettre en œuvre un plan d’urgence pour sauver l’hôpital public.

Nous, usagers de la santé et citoyens, soutenons la demande des personnels hospitaliers d’un financement supplémentaire, nécessaire pour :

– Assurer l’ouverture de lits afin que les malades puissent être hospitalisés quand c’est nécessaire et qu’ils ne passent plus des heures voire des jours à attendre couchés sur des brancards ;

– Embaucher le personnel nécessaire dans tous les services pour assurer l’accueil, la sécurité, la qualité et la continuité des soins ;

– Revaloriser les salaires des personnels hospitaliers sachant que nous sommes en 26e position sur les 35 pays de l’OCDE pour le salaire des infirmières.

L’hôpital public a besoin de réformes mais aussi et surtout de moyens pour assurer ses missions dans des conditions acceptables pour les patients et pour les soignants.

Croyez, Monsieur le Président de la République, à notre meilleure considération. »

Ouverture de lits, hausse des salaires, embauche de personnels… Les signataires de cet appel attendent du concret pour sauver l’hôpital. « Nous n’avons pas eu besoin de les convaincre, ils sont souvent très reconnaissants et conscients des difficultés que nous rencontrons, confie Antoine Pelissolo, psychiatre très engagé de l’hôpital Mondor, à Créteil (Val-de-Marne), membre du collectif Inter-hôpitaux, né en septembre. Cette démarche commune est inédite. »

« On alerte depuis des années sans écho majeur, témoigne la neurologue Sophie Crozier qui exerce à la Pitié-Salpêtrière à Paris. C’est peut-être l’une des dernières tentatives alors que l’on nous annonce encore des restrictions budgétaires », soupire la médecin, qui avoue rentrer le soir, parfois « malheureuse » de pas accorder le temps voulu à ses patients. « Je n’ai jamais été syndiquée, ni militante. Mais là, je le deviens ». Alors que la ministre de la Santé a annoncé un plan de 750 millions d’euros pour les urgences sur trois ans, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2020 ne donne pas plus de moyens à l’hôpital, ce qui suscite la colère.PUBLICITÉ

inRead invented by Teads

LIRE AUSSI > Budget 2020 de la Sécu : pas de coup de pouce pour l’hôpital

En attendant, les patients, aux premières loges, paient le prix fort de cette crise sans fin. « Cet appel, c’est celui de monsieur et madame tout le monde qui constate qu’il est de moins en moins bien soigné correctement à l’hôpital public, parce que les personnels, noyés sous les réorganisations, les pénuries d’effectif et de matériel, n’en ont tout simplement plus les moyens » explique Marie Citrini, l’une de ses signataires qui défend les droits des patients à l’AP-HP.

Médecins inaccessibles, personnels surmenés et agressifs, hygiène des chambres parfois délétère, examens médicaux inutiles facteurs de stress et d’angoisse, manque de matériels les plus rudimentaires comme des couvertures, « les patients sont perdus, déboussolés. Ils n’en peuvent plus d’être trimbalés, réduits à un organe malade ! C’est le foie de la chambre 32, le cœur de la 18, la hernie de la 212 qu’on soigne, nous disent-ils, l’écoute, l’humain n’y est plus » se désole Marie Citrini, qui qualifie de « vertigineuse » la déshumanisation en cours.

Les patients aussi invités à écrire au Président

Et dans cet univers à la Kafka, ce sont les personnes âgées qui sont les plus vulnérables, alerte-t-elle en citant le cas de cette dame souffrant de la maladie d’Alzheimer. Arrivée aux urgences en avril pour une douleur au bras, elle a été reconduite dans son Ehpad sans que son accompagnatrice, qui l’attendait, en soit informée. Ne la trouvant plus, cette dernière a fini par alerter la famille, morte d’inquiétude.Newsletter – L’essentiel de l’actuChaque matin, l’actualité vue par Le ParisienJE M’INSCRISVotre adresse mail est collectée par Le Parisien pour vous permettre de recevoir nos actualités et offres commerciales. En savoir plus

Pourquoi en appeler directement à Emmanuel Macron et pas à Agnès Buzyn, la ministre de la Santé ? « C’est lui qui donne les grandes orientations, c’est à lui de faire des choix stratégiques ! », constate Marie Citrini. Lors du grand débat consécutif à la crise des Gilets jaunes, l’hôpital public et la santé avaient émergé comme une priorité majeure. Tous les Français sont concernés.

À partir de ce mercredi matin, à l’entrée des hôpitaux, chacun trouvera une carte postale, déjà rédigée, avec ce texte : « Je suis usager de l’Hôpital public et je constate que le manque d’effectifs affecte ma prise en charge et l’accueil qui m’est fait ». Les patients pourront, eux aussi, l’envoyer au président. Au verso, le célèbre dessin, à la plume et au lavis, de Léonard de Vinci que l’on appelle L’Homme de Vitruve. Sauf qu’au lieu d’être représenté, bras et jambes tendues dans un cercle, ses membres se disloquent.

Les signataires du Collectif Inter-hôpitaux (rassemblant médecins, autres personnels hospitaliers et usagers) :

Marie Citrini, représentante des usagers, APHP ; Thomas Sannie, représentant des usagers, APHP ; Marc Abou, représentant des usagers, APHP ; Brigitte Agostini, représentante des usagers, APHP ; Jean-Louis Bataillon, représentant des usagers, APHP ; Gérard Berlureau, représentant des usagers, APHP ; Guy Bessière, représentant des usagers, APHP ; Jacky Blairon, représentant des usagers, APHP ; Delphine Blanchard, patiente partenaire, Auvergne Rhône-Alpes ; Yvanie Caille, usager, fondatrice de Renaloo ; Claudine Canale, présidente de « Les Poids Plume France » ; Claude Cottet, représentant des usagers, Ile-de-France ; Richard Courty, usager, Occitanie ; Michèle De Preaudet, représentante des usagers, Île-de-France ; Jacques Deghirmendjian, représentant des usagers, APHP ; Christian Foucaux, représentant des usagers, APHP ; Frédérique Gauttier, représentante des usagers, Grand Est ; Gabriel Germain, représentant des usagers, APHP ; Nicolas Graeve, représentant des usagers, APHP ; Olivia Gross, représentante des usagers, APHP, chercheuse LEPS Paris XIII ; Christian Guerin, représentant des usagers, APHP ; Karen Jeuland, patiente, Bretagne ; Claudie Kulak, présidente du collectif « je t’Aide » ; Martine Karoubi, représentante des usagers, Ile-de-France ; Annie Lapray, représentante des usagers, Bourgogne Franche-Comté ; Guillaume Lebreton, représentant des usagers, APHP ; Patricia Mertz, patiente, PACA ; Jean Paul Monin, usager, président de l’Association de prévoyance du groupe Renault ; Paulette Morin, représentante des usagers, APHP ; Roger Picard, fondateur du Centre de répit les bruyères, Auvergne Rhône-Alpes ; Jean-Marie Riebert, représentant des usagers, APHP ; Emile Steinmetz, représentant des usagers, APHP ; Maria Susete Fernandes, représentante des usagers, APHP ; Stéphane Tommasso, patient-expert, patient formateur, Île-de-France ; Edith Trocme, représentante des usagers, Bourgogne Franche-Comté ; Chantal Vaurs, usager, Auvergne Rhône-Alpes ; Lucien Vizzari, représentant des usagers, APHP ; Robert Yvray, association AFD, Bourgogne Franche-Comté.

Les personnalités ayant signé cette lettre à la demande du Collectif Inter-hôpitaux :

Anne Alvaro, comédienne ; Christophe André, psychiatre et auteur ; Pierre Arditi, comédien ; Yvan Attal, comédien ; Sébastien Balibar, physicien membre de l’Académie des sciences ; Philippe Batifoulier, professeur d’économie ; Christian Baudelot, professeur de sociologie ; Nicolas Belorgey, sociologue ; Jean Benguigui, comédien ; Tahar Benjelloun, écrivain ; Alain Berthoz, professeur au Collège de France ; Dominique Blanc, comédienne ; Richard Bohringer, comédien ; Romane Bohringer, comédienne ; Valérie Bonneton, comédienne ; Jean-Philippe de Botton, président de Médecins du monde ; Nicolas Bouchard, comédien ; Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières ; Michel Broue, mathématicien ; François Buton, directeur de recherche CNRS, politiste ; Julia Cage, professeur d’économie ; Alain Caille, professeur émérite de sociologie ; Philippe Caubère, comédien, auteur et metteur en scène ; Patrick Chemla, psychiatre ; Patrick Chêne, journaliste ; Jérôme Commandeur, comédien ; Gérard Cornilleau, économiste ; Daniel Costantini, ex-entraîneur de l’équipe nationale de handball ; Laurent Cote, comédien ; Jérôme Creel, économiste ; Pierre Delion, professeur de psychiatrie ; Marie-José Del Volgo, psychanalyste ; Marie Desplechin, écrivaine ; Brigitte Dormont, professeur d’économie ; Agathe Dronne, comédienne ; Dominique Edde, romancière et essayiste ; Didier Fassin, professeur au collège de France ; Eric Fassin, professeur de sociologie ; Cynthia Fleury-Perkins, professeur de philosophie ; Florence Foresti, comédienne ; Jean Gadrey, professeur honoraire d’économie ; Charlotte Gainsbourg, comédienne et chanteuse ; Roland Gori, psychiatre, psychanalyste ; Anouk Grinberg, comédienne ; Robert Guediguian, cinéaste ; Claire Hedon, présidente ATD Quart Monde ; François Heran, professeur au Collège de France ; Eric Heyere, professeur d’économie Sciences-po ; Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale ; Georges-François Hirsch, ancien directeur de l’Opéra national ; Delphine Horvilleur, rabbin ; Michel Husson, économiste ; Florence Jany-Catrice, professeur d’économie ; Agnès Jaoui, comédienne ; Alexandre Jardin, écrivain ; Hélène Joliot-Langevin, physicienne ; Axel Kahn, ancien président d’université, écrivain ; Marcel Francis Kahn, professeur de médecine émérite ; Hubert Krivine, physicien ; Jeanne Labrune, cinéaste, écrivaine ; Bernard Lahire, professeur de sociologie ; Thierry Lang, professeur de santé publique ; Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue ; Guillaume Lecointre, professeur du muséum d’histoire naturel ; Céline Lefève, philosophe, directeur de la chaire « Philosophie à l’hôpital » ; Benjamin Lemoine, sociologue CNRS ; Vincent Lindon, comédien ; Jean-Louis Livi, producteur ; Lomepal, rappeur et chanteur ; Clara Luciani, auteure-compositrice ; Claire Marin, professeur de philosophie ; Dominique Meda, professeur de sociologie ; Françoise Milewski, économiste ; Gilbert Montagné, chanteur, auteur-compositeur ; Gérard Mordillat, écrivain ; François Morel, comédien ; Gérard Noirel, historien ; Albert Ogien, directeur de recherche CNRS en sociologie ; Marc Paquiem, metteur en scène ; Corine Pelluchon, professeur de philosophie ; Hélène Périvier, économiste ; Frédéric Pierru, sociologue, CNRS ; Jean-Charles Piette, professeur de médecine interne ; Thomas Piketty, économiste ; Mazarine Pingeot, écrivaine ; Thomas Plihon, professeur émérite d’économie ; Denis Podalydès, comédien, sociétaire de la Comédie française ; Marie-Monique Robin, réalisatrice et écrivaine ; Pierre Salama, professeur émérite d’économie ; Malik Salemkour, Président de la Ligue des Droits de l’Homme ; Céline Sallette, comédienne ; Véronique Sanson, chanteuse ; Fabienne Servan-Schreiber, productrice de film ; Caroline Silhol, comédienne ; Alexis Spire, politiste, directeur de recherche au CNRS ; Antoine Spire, journaliste ; Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France ; Bertrand Tavernier, réalisateur ; Xavier Timbeau, économiste ; Philippe Torreton, comédien ; Dominique Valadie, comédienne ; Nadège Vezinat, maîtresse de conférences en sociologie ; Gisèle Vienne, chorégraphe, metteuse en scène ; Philippe Vilain, écrivain ; Michel Vinaver, écrivain de théâtre ; Florence Weber, professeur de sociologie ; Jacques Weber, acteur et réalisateur ; Frédéric Worms, philosophe.