Thyroïde : et maintenant, la L-Thyroxine Serb au compte-gouttes

Actu Santé

Pour cause d’effets secondaires graves avec le Lévothyrox, certains patients utilisaient la L-Thyroxine en gouttes. L’Agence nationale du médicament vient de s’y opposer : les malades ne savent plus quoi faire…

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Joëlle n’en est pas revenue… Cette patiente de 49 ans, qui habite dans le Lauragais, fait partie de ces utilisatrices du Levothyrox qui ne supportent plus les effets secondaires de la nouvelle formule : maux de tête, perte de mémoire, vertiges… Alors, depuis quelques mois, son médecin lui prescrit la L-Thyroxine Serb, une solution buvable en gouttes.

«Mais jeudi, nous explique-t-elle, je suis allée chez le pharmacien, qui a refusé de me la délivrer, en disant que ce médicament était réservé désormais aux enfants, car on craignait la rupture de stock !»

De fait, l’Agence Nationale du médicament a fait passer le 31 août une note surprenante !

« L’ANSM a été informée d’un report d’utilisation du Levothyrox vers la L-Thyroxine Serb, solution buvable en gouttes. Ce report est susceptible de créer une rupture de disponibilité de cette spécialité qui est indispensable pour les enfants de moins de 8 ans et pour les personnes qui présentent des troubles de la déglutition. Pour ces patients, il n’existe pas d’alternative. Par conséquent, la délivrance de la L-Thyroxine Serb doit être réservée en priorité à ces patients. »

Aussi, l’ANSM demande, dès à présent : aux médecins de prescrire la L-Thyroxine Serb en priorité aux enfants de moins de 8 ans et aux personnes ayant des troubles de la déglutition et aux pharmaciens d’officine de délivrer la L-Thyroxine Serb en priorité à ces populations « qui ne disposent pas d’alternative »

Et l’agence de renvoyer les patients vers leurs médecins.

Une agence qui reconnaissait hier, par la voix de son directeur général Dominique Martin : «Il y a eu un défaut d’information aux patients, nous en sommes conscients et ne nions pas leurs difficultés. Pour autant, on ne peut pas dire que nous n’avons rien fait».

«C’est tout de même incroyable que l’agence demande aux pharmaciens d’aller à l’encontre des prescriptions des médecins !» s’emporte le Dr Gérard Bapt, cardiologue, ancien député, spécialiste de ces questions de médicaments.

Achats en Espagne !

«Cette affaire prend des proportions incroyables, observe Gérard Bapt. L’agence parle de 5 000 notifications, c’est-à-dire des patients qui ont averti leur pharmacien des troubles qu’ils avaient ressentis. Mais cela peut vouloir dire qu’il y a dix fois plus de personnes concernées !»

Pour Gérard Bapt, «l’agence a agi avec beaucoup de légèreté en demandant au labo de changer sa formule. Il y avait eu un précédent, en 2012, avec TEVA qui avait dû retirer un générique du Lévothyrox, qui provoquait des pertes d’équilibre. On a affaire à un médicament avec une fenêtre thérapeutique étroite : la moindre variation des dosages peut avoir des grosses conséquences.» En attendant, les patients, eux, se débrouillent comme ils peuvent.

«Dans la région, beaucoup de personnes vont acheter le Levothyrox en Espagne, rapporte Armelle, une Gersoise blogueuse qui recueille les témoignages. Les pharmacies ont encore l’ancienne formule. Ils ne sont pas remboursés, mais le produit n’est pas cher. D’autres vont en Suisse, ou sur internet. C’est un véritable trafic !» Quant à celles qui avaient trouvé un «plan B» avec la L-Thyroxine-Serb, elles voient la source se tarir.

«Il est à craindre que des malades arrêtent le traitement», redoute Gérard Bapt.

En tout cas, les patients, eux, l’ont en travers de la gorge.


Plainte déposée

Anne-Catherine Colin-Chauley, une avocate de 58 ans, a déposé plainte contre le laboratoire Merck pour «mise en danger de la vie d’autrui» après avoir subi des problèmes de santé liés, selon elle, à la nouvelle formule du Levothyrox. «Il y a bien une négligence fautive du laboratoire Merck et une faute de celui qui a ordonné le changement de la molécule sans indiquer les conséquences possibles de ce changement», dénonce-t-elle. La plaignante, qui a subi une ablation totale de la thyroïde en 2006, assure souffrir depuis mai de «vertiges, crampes, fatigue». «Je me bourre de cachets pour être en forme, je ne suis vraiment pas bien» déplore-t-elle. Elle envisage d’aller «en Italie ou en Espagne» pour se procurer l’ancienne formule du médicament.